Echanges (Page 3)

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Q : La réincarnation est-elle juste un concept auquel le moi identifié s'accroche pour survivre ?

R : La réincarnation est juste un concept....
C'est l'ego qui s'interroge sue l'éventualité d'une nouvelle incarnation terrestre, car il a peur de disparaître et veut poursuivre son existence, dans une forme qu'il connaît déjà. La conscience qui a réalisé que sa nature est vide se moque de sa future incarnation, comme elle se moque de la disparition de ce corps/mental par lequel elle s'expérimente. Elle est liberté, joie.
Que signifie "renaître" lorsque nous comprenons que nous existons de toute éternité ?

Oui, la conscience peut expérimenter à nouveau sa propre nature à travers une forme... ou non. Tout est possible dans ce jeu libre de la vie. La création ne cesse jamais. Les expériences ne sont que celles d'une entité individuelle à un moment donné. Et cette entité n'est jamais isolée, séparée.
Dès que nous ne voyons plus qu'un Tout, qu'une seule et même Conscience cosmique, la question du mouvement en son sein ne se pose plus.


Q : Où sommes-nous lorsque nous dormons ?

R : Où sommes-nous lorsque nous veillons ou rêvons ? Dans la conscience, toujours.
Elle est le témoin immuable de ces états. Lorsque nous dormons profondément, toute objectivation, toute représentation est absente, mais nous sommes toujours présence. La conscience ne dort jamais....


Q : Il semblerait que nous ne soyons pas maîtres de notre destinée terrestre. Donc, si tout est écrit d'avance, pourquoi se soigner lorsqu'on est malade, par exemple ? Je veux dire par là, que s'il est écrit que nous devons mourir corporellement aujourd'hui, nous mourrons, cela sera et ce ne sont ni des soins, ni des traitements, ni des interventions chirurgicales qui interféreront sur ce fait ? Et, le reste suit.... pourquoi se faire du souci, avoir des angoisses, de la joie, de la peine...
Et puis aussi une question: si tous les monstres qui ont parcouru notre histoire sont aussi des êtres spirituels, faut-il aussi les aimer ou avoir de la compassion pour eux ?

R : Nous ne décidons pas grand-chose de notre vie, si nous regardons bien, même lorsque nous croyons décider. Cependant, ce n'est pas la vie qui nous conditionne, mais notre mental. Se laisser mener par lui, au lieu de faire confiance à la vie, c'est notre erreur, et cette erreur conduit à la confusion puis à la souffrance.
Oui, nous devons avoir de la compassion envers ceux qui ont un parcours terrestre difficile, du fait de leur mental tourmenté. Beaucoup de compassion pour leurs souffrances et celles qu'ils créent autour d'eux. Il n'y a pas de jugement à avoir sur eux, ce qui ne signifie pas que tout est bien, car il y a une responsabilité individuelle.
L'abandon de ce corps/mental signifie aussi apporter les soins nécessaires lorsque le corps est souffrant et se servir de notre esprit lorsqu'il est sollicité par l'extérieur. Tout en demeurant, c'est ce qui est fondamental, dans la présence consciente de ce témoin tranquille qui observe tout à l'arrière-plan, et qui est ce que nous sommes véritablement.


Q : Quelquefois, j'ai le sentiment fugace que toute cette agitation dans la recherche est insensée...et puis le moindre petit indice qui pointe son nez m'entraîne à nouveau dans cette course effrénée!

R : Rechercher des textes qui indiquent la direction, oui, mais prendre garde que trop de mots n'alimentent une agitation et une confusion qui finiront par faire souffrir.
Le mot est concept. C'est dans le silence qu'il s'agit de puiser, dans ce fond à l'arrière-plan, immuable, d'où émergent les pensées et leur support, les mots.
Lire, oui, avec la conscience que tout émerge de cet espace vide que nous devons laisser s'agrandir, se déployer. Tout ce que vous pourrez lire, et je le sais bien devant mon incapacité à exprimer ce vécu, ne pourra jamais décrire le déploiement de la conscience, exprimer ce vide, si dense et si aimant, cet espace illimité, hors du temps....
La vigilance s'impose de ne pas suralimenter votre esprit, de rajouter trop de mots qui brouillent tout. Le silence est toujours présent, il est la substance de ce que nous sommes. Ne permettez pas à votre esprit de le recouvrir. Que chacun de vos gestes, de vos actes soient imprégnés de ce silence, même lorsque vous cherchez dans une quête passionnée... Laissez votre silence se déployer....


Q : L'entre-deux pensées, l'espace entre deux pensées, est-ce là où se situe ce quelque chose que vous avez touché ?

R : C'est lorsque le mental est calme, stabilisé, que les pensées peuvent s'arrêter un instant, et dans cet espace, nous percevons ce qui se tient à l'arrière-plan, éternellement paisible.
Le travail sur soi consiste à calmer le mental, pas à être sans mental, ceci est impossible. L'illumination, la perception subite de la Réalité, survient soudainement, par la conscience elle-même qui peut alors agir librement parce que le mental stabilisé, ouvert, réceptif, habitué à rester en silence, lui a dégagé l'accès.
Dans notre vie quotidienne, il s'agit d'abord d'être libre du mental, de ne plus être le jouet de ses croyances, de ses peurs, de ses désirs. De prendre conscience du pouvoir qu'il a sur nous. Et de prendre conscience qu'ainsi stabilisé, il est aussi la clé qui va ouvrir la porte à la réalisation.


Q : Il y a bien longtemps que j'ai la conviction qu'il n'existe rien de tel que la notion de hasard ?

R : Oui, il y a une Intelligence au sein de l'énergie de vie, et c'est Elle qui oeuvre en nous et à travers nous dès que nous nous y abandonnons, le moi suffisamment transparent, le mental suffisamment calme ....


Q : Je m'aperçois que je bute toujours sur "se concentrer sur Je Suis ».

R : "se concentrer", le mot est mal choisi, car toute concentration implique un effort mental.
Nous ne sommes pas ce corps ni ce mental qui peuvent être observés et perçus. Etant reconnus comme des objets d'observation et de perception, reste un Sujet ultime, notre Etre véritable, qui ne peut être ni observé ni perçu.... A partir de là, accomplir chaque geste dans la conscience de ce Sujet ultime.


Q : Comment quelque chose peut-il avoir conscience de lui-même ?
Selon ma compréhension, la conscience voit le mental et la source voit la conscience apparaître le matin et disparaître le soir. C'est pourquoi je pratique la question "qui suis-je" presque comme un mantra, afin de ne m'attacher à rien mais de remonter sans cesse en amont du "je".

R : Il y a une dualité qui s'insinue en vous parce que vous essayez d'appréhender la Réalité avec votre esprit, et l'esprit est toujours duel. Lorsque la conscience, par une sorte de retour de son flux vers elle-même, réalise sa propre nature, la pensée est totalement arrêtée et il n'y a personne qui voit ou réalise quoi que ce soit. Lorsque vous posez la question "comment quelque chose peut-il avoir conscience de lui-même ?", vous objectivez la conscience. Or, ce que vous êtes, le Sujet ultime, ne peut être objet d'expérience. Il est réalisation.
Lorsque vous pratiquez la question « qui suis-je? », il y a encore une activité du mental, même ténue. La nature de l'esprit est mouvement incessant. Il est donc naturel que les pensées viennent. Notre erreur est d'oublier leur aspect temporaire et de nous y identifier. Il s'agit de ne même pas s'identifier à la pensée : Je suis Conscience....


Q : En ce moment, je me sens seule. Parfois j'aimerais bien avoir un compagnon, ça fait longtemps que je suis solitaire...
Dans l'absolu, rien ne manque, tout est parfait tel que c'est.... Alors comment dois je aborder ce ressenti ? Croyez-vous que cette envie soit une projection, pure création imaginaire ?
Je sens bien que la nature profonde n'a besoin de rien mais je ressens aussi l'envie de partager, d'échanger de manière privilégiée, intime.

R : Je comprends ce que vous ressentez, bien que nous ne soyons jamais seuls... Il y a un chemin pour vous, celui qui a été prévu par la Vie, qui correspond à votre nature propre et à ce que vous devez vivre afin que votre être profond se déploie, à l'infini.... C'est votre intuition, c'est à dire votre réponse spontanée à la Vie, qui vous l'indique. C'est à chaque instant, vécu intensément. Seule ou prés de quelqu'un ne change rien, fondamentalement.
L'attente, le sentiment de manque, viennent de l'ego. La Réalité est Amour. Elle se manifeste pleinement à travers notre être dés qu'il n'y a plus d'attente, de projection... dans l'abandon, dans le vide de soi.
Permettez à la Vie d'Etre, totalement, à travers vous, et il n'y aura plus le sentiment d'un manque. Vous serez surprise de sa Grâce, de son don, qui sait, sous la forme d'un être aimant et aimé...


Q : Une seule envie: retrouver le silence du Moi dans le calme, la méditation. Je n'arrive plus à harmoniser l'action et l'inaction, je n'arrive plus à trouver de la joie à l'extérieur. Quelque chose lâche et j'ai peur de ne pouvoir faire face aux contraintes du quotidien. Beaucoup de choses deviennent laborieuses, usantes...

R : Il n'y a aucune différence entre ce qui est vécu à l'intérieur et le quotidien à l'extérieur. La vie est une. C'est toujours le mental qui fait cette séparation, qui aime établir des catégories. Le silence ressenti en vous imprègne tout. Ce n'est pas une absence de bruit. C'est l'essence même de ce que vous êtes, de ce que nous sommes tous. La vie entière est imprégnée de conscience, un autre mot pour exprimer le silence. Tout, absolument tout, est imprégnée de silence…
Vous ne trouverez pas la joie "à l'extérieur" (et celle que vous trouviez auparavant, causale, dépendante, n'était pas la véritable joie). Il n'y a pas d'intérieur ni d'extérieur. La joie est toujours présente en tout, car c'est la nature de la conscience d'être joie, d'être paix. Simplement cette joie peut être voilée par les nuages du mental.
Rien de ce que vous êtes ne s'est effacé. Seulement, les aperçus de la Réalité qui vous ont été donnés de vivre ont été objectivés par le mental, transformés en expériences, avec un expérimentateur...


Q : Je pense que mon corps a réagi à ces pensées, qui pourtant n'étaient là que pour comprendre, ce n'était pas négatif intellectuellement parlant. Je pensais en avoir besoin pour avancer. Mais apparemment si, puisque la réaction négative du corps était là. Si je comprends bien, même dans cette situation il faut laisser faire, se libérer des pensées, des réflexions, avancer sans se poser de questions ?

R : les pensées ne sont que.... des pensées ! Elles sont des manifestations énergétiques éphémères, et nous faisons l'erreur de nous y accrocher, de les entretenir, avec tout leur cortège de blessures mémorisées.
Dés que nous doutons, que nous culpabilisons, que nous souffrons, c'est le mental qui a repris les rênes.... Mais si nous observons simplement les pensées qui s'élèvent en nous, les paroles qui nous sont dites, sans jugement, avec douceur, avec bienveillance, elles retournent là d'où elles ont émergé, sans déranger notre paix.
La paix n'est pas une absence de pensées. Elle est la substance de notre être profond. La paix est ce que nous sommes. Et ce que nous sommes n'est jamais altéré par quoi que ce soit.

Notre nature est accueil : la conscience accueille tout ce qui se manifeste en son sein, apparitions puis résorptions. La pensée est englobée dans son champ. Dés qu'il y a observation neutre du fonctionnement de la pensée, prenez conscience que c'est ce que vous êtes véritablement qui observe. Ainsi, il y a, peu à peu, moins d'implication dans les pensées. Le mental étant moins alimenté, il se calme de lui-même, sans effort, sans tension.
Se libérer du mental, c'est simplement ne plus s'y identifier, ne plus oublier que nous sommes la Source, vide et lumineuse.


Q : Cette réalité laisse une nostalgie profonde... sans prétention, sans attente, sans espoir…

R : La nostalgie que vous ressentez vient de cet espace pur, lumineux, qui est ce que vous êtes depuis toujours. Si vous ne connaissiez déjà cet espace, vous ne pourriez ressentir de la nostalgie....
Notre "ignorance" est seulement un oubli...


Q : L'impression de vivre dans un autre monde, d'être incompris ! Certes, beaucoup d'amour et de compassion, mais face à la souffrance environnante, quid de notre impuissance ?

R : La réalité que nous percevons est souvent celle que notre mental nous fait voir, qui n'est pas la vraie réalité. L'impression d'être incompris vient de ce mental qui, créant un sujet identifié au corps, se voit séparé des autres. C'est aussi ce moi qui croit être le véritable acteur de la vie, voulant faire sans cesse, et se définissant comme impuissant à soulager...
A la racine de la souffrance, il y a toujours une pensée, et ce sentiment de séparation du moi avec les autres. L'amour, la compassion, ne viennent pas de ce moi. Ils sont l'énergie de l'univers. Tout est bien, lorsque le moi ne résiste pas à ce qui est.


Q : La vie, vibrant partout comme en moi, ici et maintenant, source d'elle-même. Juste cette vie, là, immédiaté d'être, telle qu'elle est et s'exprime, sans attachement, jaillissement perpétuel. J'ai longtemps cherché une source à la vie mais elle est source d'elle-même, n'est-ce pas ?

R : Oui, la vie est sa propre cause, son propre but. Elle est liberté et se déploie au sein de son propre espace. Moi aussi, j'ai longtemps cherché....
La vie se vit elle-même, à travers toutes les formes qu'elle manifeste. En son coeur, il y a une intelligence infinie, absolue, qui est Amour.


"Je ne suis pas un enseignant. Je n'ai pas de mission. Mon propre travail est terminé et il se peut que mon corps s'écroule à tout moment. Si quelqu'un me demande conseil, j'essaie de répondre selon mon expérience et ma connaissance. En fait, ce qui devrait être dit ne peut être dit. Les mots ne sauraient transmettre l'expérience."
(Chandra Swamî)