Extraits du livre N'ayons pas peur de mourir

Nicole Montinéri

Je n’ai pas « vu » Dieu, cet Absolu qui n’a pas de nom. Cela aurait été une image de plus, une simple production de l’esprit. C’est le mental qui attribue à ce mot de Dieu une entité qu’il personnalise.  Cependant, je savais être en présence d’une Intelligence qui se conçoit Elle-même, se manifestant en une énergie qui pénètre tout et en laquelle est tout pouvoir.
           Au sein de cette énergie lumineuse qui se meut éternellement en elle-même, je perçus clairement la Transcendance qui répondit à Moïse : Je Suis Cela qui Est. Immédiatement, sans ambiguïté, une communication s’installa. Ce qui est depuis toujours apparut dans l’espace libre de ma conscience. Celle-ci recevait des informations dont elle percevait instantanément la signification. Tout était clair. Chaque information était parfaitement adaptée à ma conscience. Elle était investie de perceptions qui la dotaient d’une compréhension profonde et subtile de la vie. Tout était accessible, comme si ma conscience ouverte et la Conscience cosmique se reflétaient parfaitement, dans cet accomplissement d’une existence voulue par Elle.
           Les informations semblaient toutes arriver simultanément, dans cette dimension atemporelle. Elles ne constituaient pas un savoir, ne passaient pas par la formulation de mots, l’élaboration de pensées ou d’images. La conscience, parce qu’impersonnelle et transparente, était devenue connaissance. La compréhension était directe et sans effort. Elle ne produisait aucune réaction, aucune émotion, car j’étais vide de toute mémoire. Elle dépassait de loin les capacités mentales. C’était comme si je percevais avec l’Intelligence, comme si je voyais avec Son regard. J’étais le fragile réceptacle de vérités intransmissibles, car intraduisibles par des mots. Ce que j’ai perçu se situe au-delà de l’expression de notre langage. Les mots ne peuvent traduire que des images ou des concepts liés à la dimension terrestre espace-temps au sein de laquelle nous évoluons. Ils ne pourront jamais exprimer les perceptions connues dans cette autre réalité. Bien que mon cerveau fût inactif durant toute cette expérience, je me souviens cependant avec précision de la connaissance essentielle de l’origine de l’univers et du sens de la vie à laquelle j’ai eu accès. Je compris la signification de l’univers, perçu comme un ensemble cohérent, comme un tout harmonieux qui me donna la certitude d’appartenir à une unité cosmique. Je saisis la raison d’être de tout ce qui existe. Rien ne se crée en vain. Chaque chose a sa juste place. L’Intelligence sait parfaitement ce dont la création a besoin, ce qui lui convient pour son développement. Je perçus la cohérence des évènements de tous les temps, leur enchaînement sans commencement ni fin. Un processus cosmique, ayant un sens, se déroule. Il s’agit, pour ses créatures, de se laisser guider, de s’abandonner sans réserve à l’énergie de l’Intelligence qui façonne sans cesse la marche du cosmos. Tout, absolument tout, est contenu en elle : nos existences, bien sûr, mais aussi la moindre de nos pensées.
           J’avais le sentiment que mon identité était parfaitement connue de cette Intelligence. Ce qui suggère un lien permanent indéfectible et montre l’extrême importance de notre vie sur la terre, de nos actions,  de nos relations avec les autres, placées dans ce contexte du sens de la création et du rôle de nos existences en son sein. L’Intelligence ne m’est pas apparue comme une pure abstraction. Toutes les formes manifestées de l’univers sont inséparables de Sa conscience. Tout provient d’Elle et y retourne. Tout ce qui existe dans l’univers a sa source en Elle, sa substance en Elle, son sens en Elle.
           La vie se présenta à moi éclairée depuis sa source. C’est dans la lumière de la Conscience suprême que se crée l’univers, que les formes naissent et se dissolvent. Cette lumière est aussi la substance de la part de notre conscience qui demeure reliée à la vibrante réalité. Cette conscience pure, conscience sans objet, est la claire connaissance. Elle est immuable, éternelle, absolue. C’est pourquoi elle est réelle. Elle est même la seule réalité. Elle est notre véritable nature. L’univers entier se trouve en son sein. Il n’y a rien qui soit à l’extérieur, parce que le monde et ses manifestations ne peuvent être appréhendés que par la conscience. Sans son miroir, on n’aurait aucune image, aucune représentation.           
           Lorsqu’on comprend que chaque chose fait partie de nous, on connaît tout de l’action de l’énergie cosmique sur l’univers, sur notre monde changeant et multiple, sur nos existences fragiles. C’est une compréhension sans la moindre réflexion, car aucun de nos raisonnements, aucune de nos facultés intellectuelles ne peuvent cerner la réalité ultime. La connaissance suprême ne prend pas sa source dans le mental, mais dans la conscience impersonnelle. Tout est perçu intensément dans la lumière qui la baigne, qui la fond dans la Conscience cosmique. Au sein de cette Conscience, notre propre conscience est légère, car vide. Seulement conscience-de-soi, et non conscience d’un objet. Débarrassée du poids de l’ego, dépourvue de toute identification. Ce vide, potentiel infini, est plénitude. Les anciens textes sacrés indiens expliquent que la vacuité est la plus haute forme d’énergie et que d’elle émerge la multitude des manifestations de l’univers. C’est cette plénitude que ressent la conscience lorsqu’elle s’immerge totalement dans l’énergie vide d’objet. Une plénitude vibrante d’amour et de connaissance, l’un toujours uni à l’autre. Un espace sans direction, immobile, non créé et qui permet à toutes choses d’exister. Notre conscience est alors Je Suis. Pleine de la Présence divine. Ce fut la plus haute connaissance qui me fut révélée.